Mon fils a été retranché du camp de sélection – Que faire? Quoi lui dire?

5 sept. 2017

Psychologie du sport - Parent - Aider son jeune - Camp de sélection - Jonathan Lelièvre.001

Voici la question d’un membre de la communauté. Pour des raisons de confidentialité, je modifie quelque peu les questions et j’utilise des prénoms fictifs lors de mes réponses. Vous avez une question? Écrivez-moi un message et elle sera peut-être répondue dans un prochain article.

Question :

«Pour la première fois de sa jeune carrière, mon fils William vient d’être retranché d’une équipe compétitive. Pourtant, lors des années passées, il a toujours réussi à se tailler une place parmi les meilleures équipes.

Cette année, il a été préféré à d’ex-coéquipiers qui, aux dires de certains observateurs externes, n’étaient pas supérieurs à mon garçon.

Je me demande comment trouver les bons mots pour l’encourager à poursuivre ses efforts tout en conservant le plaisir de jouer. Il semble avoir perdu confiance en lui.

Pourtant, ce n’est pas le moment de relâcher puisqu’il a encore l’opportunité de se tailler une place dans l’équipe de niveau plus bas (ce qui demeure un niveau tout de même compétitif).

Que faire? Quoi lui dire? Comment l’aider? »

Réponse :

D’abord, merci pour la qualité de ta question. Il n’est pas simple d’y répondre puisque la situation de William soulève plusieurs aspects et peut être traitée sous différents angles. Ceci dit, William n’est pas seul à passer à travers un épisode du genre. Chaque année, plusieurs athlètes vivent la déception d’être retranché d’une équipe dont ils auraient tant aimé faire partie. Que ce soit dans le hockey, le soccer, le volleyball, le baseball, le basketball ou tout autre sport de niveau compétitif, la compétition est féroce lors des camps de sélection. À la fin du camp, il y a nécessairement des athlètes heureux et d’autres un peu déçus.

Justement, ressentir de la déception, de la tristesse ou de la frustration suite à cette épreuve est tout à fait normal. C’est sain. N’hésite pas à le rappeler à ton enfant afin qu’il ne se sente pas mal d’être un peu «tout croche» à l’intérieur.

Ton rôle de parent = soutien et empathie

À ce moment bien précis, alors que sa «souffrance» est bien présente, ton rôle en tant que parent devient extrêmement important. Il faut opter pour un rôle de soutien et d’empathie. Écoute-le. Écoute William attentivement sans toutefois chercher à minimiser son deuil. Je ne recommande pas l’utilisation à outrance de l’expression «Ce n’est pas grave». Pourquoi? Parce que dans la tête d’un jeune de cet âge, OUI c’est grave de se faire couper d’une équipe ainsi. C’est un gros événement pour lui. Dans sa réalité, c’est un peu comme si le monde venait de s’écrouler sous ses pieds. Si tu lui répètes, «Ce n’est pas grave» constamment, il ne se sentira pas validé dans ses émotions et il risque de trouver ça encore plus difficile à supporter. À travers cette épreuve et grâce à ton soutien et ton écoute de parent, il va réaliser que c’est OK de ressentir ce genre d’émotions (cependant, il faut aussi se retrousser les manches comme je l’expliquerai plus tard dans ma réponse).

Alors, qu’est-ce que tu peux lui dire? Dis-lui que tu comprends sa déception : «Je sais que ça te tenait à cœur et c’est vrai que c’est difficile à accepter de ne pas faire l’équipe». Sois simplement présent pour lui et donne-lui un peu de temps pour digérer le tout. Entre-temps, rappelle à William qu’il a raison d’être fier des efforts qu’il a faits lors du camp de sélection, qu’il va se relever de cette déception et que tout n’est pas terminé.

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La décision finale lors du camp de sélection appartient à l’entraîneur

Soit dit en passant, ce n’est pas le temps d’embarquer dans un procès d’intention ici, encore moins dans une guerre avec l’organisation qui a coupé William. Même si des joueurs perçus comme moins performants ont été sélectionnés, ça ne veut pas nécessairement dire qu’il y a injustice.

Il faut comprendre que dans la plupart des sports collectifs, la décision finale appartient au groupe d’entraîneurs et cette décision est subjective. Autrement dit, elle n’est pas basée purement sur des données quantifiables. Dans certains sports comme la course et la natation, c’est beaucoup plus facile d’être purement objectif dans le processus de sélection. L’entraîneur peut faire des évaluations et sélectionner les 10 athlètes les plus rapides, point final. Il n’y a donc pas de chicane possible ou plutôt, moins de conflit potentiel!

Dans le cas qui nous concerne, l’entraîneur a probablement établi ses propres critères de sélection avant le camp. Ce peut être très varié. Voici quelques exemples :

  • Habiletés techniques sur le terrain ou sur la glace (plusieurs sous-critères possibles ici);
  • Force physique du joueur;
  • Gabarit de l’athlète;
  • L’attitude et la maîtrise des émotions;
  • Leadership (peut-il être un meneur pour mon équipe);
  • Capacité de l’athlète à se faire «coacher» (écouter et appliquer rapidement les consignes);
  • Compréhension tactique du jeu;
  • Etc.

Les athlètes qui cadrent le mieux dans la vision des choses de l’entraîneur sont sélectionnés. L’entraîneur n’a pas obligatoirement à partager ses critères ni à se justifier aux parents. C’est sa décision. Bien entendu, une décision basée sur le favoritisme ou pour des raisons politiques n’est pas souhaitée, mais peut toujours arriver. Quoique ce puisse être frustrant en tant que parent, c’est quand même en dehors de ton contrôle. Si réellement tu crois qu’il y a eu injustice, tu peux toujours en discuter calmement avec les gens de l’association en privé afin de voir ce qui peut être fait (sans même le mentionner à ton fils). Personnellement, je consacrerais plutôt mes énergies à aider mon enfant à cheminer à travers ce défi.

Transformer cette épreuve en enseignement pour la vie

Une fois la poussière retombée, il faudra l’accompagner dans la suite des choses. C’est là que ta maturité et ton expérience de parent vont faire toute la différence. C’est à ce moment que l’enseignement va prendre place. Après tout, ce passage dans la vie de William n’est rien de plus qu’un apprentissage, une expérience qui l’aide à garnir son «coffre à outils». Il sera important de lui faire voir ce qu’il ne peut (ou ne veut pas) voir en ce moment.

Il faudra l’amener à réaliser que malgré le résultat décevant (le fait qu'il ait été retranché de l’équipe), la manière dont il s’est comporté était la bonne. Si effectivement c’est le cas, il faut lui rappeler et bâtir là-dessus. Prends la peine d’en discuter avec lui et même de composer ensemble une liste des bonnes choses que William a faites lors du camp. Il doit reconnaître qu’il a fait tout en son possible et qu’il s’est donné une réelle chance de réussir. Il ne faut pas hésiter à sortir des points spécifiques, comme :

  • J’ai été dans les 5 meilleurs dans tous les tests physiques;
  • J’ai conservé une belle attitude malgré quelques erreurs;
  • J’ai joué avec confiance durant tout le camp;
  • Je me suis surpassé;
  • J’ai fait preuve d’esprit sportif lors du match intraéquipe;
  • J’étais solide/stable sur mes jambes (mon entraînement estival porte ses fruits);
  • J’ai été discipliné (sommeil, nutrition, etc.) durant toute la semaine du camp;
  • Etc.

Ça pourrait servir grandement la cause de William d’avoir ces bons coups en tête pour la prochaine étape (spécialement lorsqu’il ira participer à un autre camp de sélection avec une équipe de plus bas niveau). Il faut tout faire pour éviter de se présenter à ce prochain camp avec le moral dans les talons. Avec une telle liste, ça devrait l'aider à rebâtir sa confiance et et son positivisme pour la suite.

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Regarder vers l’avant

Ce n’est pas tout. Il est maintenant important de tourner la page et de diriger son centre d’attention vers l’avenir. L’avenir c’est quoi? C’est de confirmer sa place avec l’équipe lors du prochain camp. Certainement que ses chances sont bonnes de réussir, mais il ne faut rien prendre pour acquis. Explique-lui qu’il doit, comme les autres joueurs présents, gagner sa place. Il se devra de travailler aussi fort et d’adopter une belle attitude. En bref, il devra faire sensiblement la même chose qu’il vient de réaliser au camp précédent. Il doit continuer d’y croire et se concentrer sur ce qu’il peut faire de bien.

De plus, pour lui donner une petite dose de motivation supplémentaire, j’ajouterais ceci : explique-lui qu’en jouant un niveau plus bas que ce qu’il aurait souhaité, il a l’opportunité d’obtenir plus de responsabilités et de temps de jeu. Il jouera fort probablement dans les moments importants du match. C’est un bonus de pouvoir être le joueur avec la possibilité de faire la différence. Il peut même en profiter pour développer son leadership au sein du groupe. Être un bon leader est une grande qualité pour un athlète, particulièrement dans un sport collectif. Cette année pourrait donc être une belle occasion pour William de se découvrir et d’être un meneur dans son équipe.

Le hic, c’est que pour mériter du temps de jeu de qualité et des responsabilités plus grandes, William doit faire bonne impression lors du camp. Les entraîneurs de cette équipe ne le connaissent pas nécessairement. C’est pourquoi il faut lui rappeler l’importance d’arriver en force et surtout avec la bonne attitude dès le jour 1. Il doit faire preuve d’une belle force mentale ici. Il doit se ressaisir. S’il arrive déçu, sans confiance et avec un manque de motivation évident, il ne pourra pas bénéficier pleinement de tout ce que cette nouvelle opportunité peut lui apporter.

Et si ça ne s’est pas déroulé comme prévu lors du camp de sélection?

Plus tôt, j’ai parlé de l’importance de sortir les bons coups de William lors du dernier camp. J’ai tenu pour acquis qu’il avait très bien fait et qu’il n’avait pratiquement rien à se reprocher. Dans le cas contraire (ex. : si l’effort n’était pas suffisant ou si William n’a pas été capable d’être à son meilleur à cause du stress), il est tout aussi important de se questionner et d’en tirer des leçons. Le but ici n’est pas de prendre tout le blâme pour le fait d’avoir été coupé du camp, mais d’un autre côté il faut être capable de prendre sa part de responsabilité.

S’il y a bien une chose que tu peux enseigner à William à travers cette épreuve, c’est ce qu’on appelle en anglais le «self-awareness». C’est de être en mesure de se regarder et de s’analyser avec justesse. Autrement dit, c’est d’être capable de se regarder dans le miroir avec honnêteté. C’est de devenir habile à cibler ce qu’on fait de bien, MAIS aussi ce que l’on doit améliorer. Bien que difficile à digérer, William doit utiliser ce rejet comme tremplin afin de le propulser à un autre niveau. Comment? En travaillant fort sur ses points à améliorer au courant de la prochaine saison. Il est possible que ce camp ait exposé certaines de ses lacunes :

  • Trouble à gérer les moments importants (stress);
  • Difficulté à oublier les erreurs et revenir fort;
  • Un manque de combativité / d’intensité;
  • Une endurance physique pas tout à fait à point;
  • Un manque de puissance au niveau du bas du corps;
  • Un petit manque de technique dans le jeu défensif;
  • Un lancer pas suffisamment précis ou puissant;
  • Etc.

Explique à William qu’il n’a pas perdu lors de son camp, il a seulement appris sur lui-même. Il connaît maintenant les endroits où il doit continuer de travailler afin de progresser. Pour être encore plus efficace, je t’invite même à développer un plan pour la prochaine saison afin de régler certaines lacunes. Par exemple :

  • Une fois par semaine, on va faire un entraînement physique spécifiquement dédié à la stabilité du bas du corps afin d’être plus solide en situation de match.
  • Dès septembre, on va faire appel à un préparateur mental afin de se développer des stratégies de gestion du stress et pour apprendre à bien se préparer avant les matchs. Ces stratégies vont être fort utiles lors des tournois et des séries de fin de saison.
  • On se développe un plan nutritionnel basé sur les recommandations d’un spécialiste en nutrition. On va suivre ce plan à la lettre durant toute la saison.
  • Etc.

C’est bien beau de reconnaître quels sont les points à améliorer, mais si rien n’est fait concrètement, on ne peut pas s’attendre à un résultat différent lors de la prochaine occasion. Le bon côté d’avoir un tel plan, c’est que William va se sentir responsable et en contrôle de son développement en tant que joueur.

Conclusion – attitude de champion

En conclusion, il n’est jamais facile pour un jeune athlète de subir une déception de la sorte, particulièrement quand c’est la première fois de sa vie. Se faire dire «NON» fait certainement mal, mais il faut le prendre avec humilité et le tourner à son avantage. La vie est parfois injuste, parfois simplement difficile. C’est ce genre d’épreuve qui a le potentiel de nous rendre plus forts.

On n’a qu’à penser à Michael Jordan, lui-même ayant été coupé de l’équipe de son école secondaire. Il s’est par la suite relevé et s’est assuré que ça n’allait plus jamais se reproduire. Il est devenu l’un des meilleurs joueurs de basketball de tous les temps.

Dans le sport, comme dans la vie, lorsqu’on t’envoie un citron, il n’y a que deux façons d’y faire face. Tu peux réagir (c.-à-d. te décourager, blâmer les autres, abandonner) ou tu peux répondre (c.-à-d. t’en servir pour progresser, continuer tes efforts, garder une attitude de champion). William, c’est maintenant le temps de RÉPONDRE. Les vrais champions apprennent tous à rebondir après une défaite. Tu peux le faire toi aussi! Bon succès dans ta prochaine saison!

« J’ai raté 9 000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté.  J’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi. » – Michael Jordan

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Catégories : Camp de sélection, Confiance, Fixation d’objectif, Gestion des émotions, Motivation, Parents, Persévérance, Préparation mentale

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