Mon enfant semble obsédé par la victoire. Est-ce normal et que faire en tant que parent?

25 sept. 2017

Psychologie du sport - Obsédé par la victoire - Parents - Aider son enfant - Compétition - Jonathan Lelievre

Question :

«Mon enfant semble obsédé par la victoire. Est-ce normal et que faire en tant que parent?» 

Réponse :

D’abord, merci pour votre question. Elle est simple et droite au but. Je suis convaincu que vous n’êtes pas seul à avoir ce genre de réflexion. Assurément, d’autres parents se demandent aussi si leur enfant est trop compétitif et s’il faut intervenir. Certes, on souhaite voir nos jeunes athlètes sortir le meilleur d’eux-mêmes afin qu’ils performent à leur plein potentiel, mais du même coup on souhaite aussi leur transmettre l’idée que la victoire n’est pas tout. Il y a plus que les trophées et les médailles. Bref, voici quelques-unes de mes idées sur le sujet. J’espère que ça pourra vous aider.  

L’obsession, un vrai problème?

Et si c’était correct d’être obsédé? Sérieusement, pensez-y pour un instant. Est-ce réellement un problème d’être obsédé par un sport, un objectif, un rêve ou encore par la victoire? Au premier coup d’oeil, le mot «obsession» peut nous paraître péjoratif, mais quand l’on s’y attarde plus longtemps, ce peut être perçu différemment.

«Obsession : pensée ou idée fixe qui monopolise l’attention et la concentration d’une personne jusqu’à ce qu’elle l’ait résolue ou obtenue»

Dans le contexte sportif élite, le côté obsessif semble être un terme plus communément accepté. Il faut comprendre que pour atteindre l’excellence dans une discipline donnée et surtout pour rivaliser avec les meilleurs au monde, rien ne doit être laissé au hasard. Il faut savoir placer ses énergies et son attention au bon endroit en plus d’être très acharné, voire même entêté. C’est la seule façon d’atteindre les plus hauts sommets. Le sport est rendu à ce tel point compétitif que se contenter de faire «ce qu’il faut» n’est plus suffisant. Il faut aller plus loin, être créatif et dédié à 100%.

George St-Pierre (GSP), ce combattant québécois en arts martiaux mixtes, pourrait vous en parler longuement. Il est un athlète reconnu pour son dévouement envers son sport et sa préparation de qualité irréprochable en vue de ses combats. Ce focus extrême semble cependant avoir un coût à plus long terme. St-Pierre ne s’en est pas caché en décembre 2013 lorsqu’il a annoncé son retrait de la compétition pour une période indéterminée :

  • «Quand je fais quelque chose, je veux être le meilleur. Dans l’action, je pense à être champion à chaque moment de ma vie»
  • «Mon trouble obsessif-compulsif est ce même problème qui a eu un effet bénéfique sur ma carrière. Je crois que c’est aussi négatif parce que ça peut te rendre complètement fou et c’est ce qui était en train d’arriver» 
  • «Je dois prendre une pause pour garder ma santé mentale, pour me ressourcer. Je dois vivre normalement pendant un certain temps»

Être obsédé peut certainement aider, mais comporte aussi son lot d’inconvénients, lorsque trop intense ou maintenu sur une trop longue période de temps. Autrement dit, être obsédé oui...mais pas trop!

Pour votre information : George St-Pierre sera de retour dans l’octogone du UFC pour la première fois en 4 ans. En effet, tout est en place pour son grand retour à la compétition et il affrontera Michael Bisping lors de la soirée UFC 217. Le combat est prévu pour le 4 novembre 2017 à New York. Sa préparation se poursuit!  

Esprit compétitif / soif de victoire : négatif ou positif?

Revenons à la notion de soif de victoire de votre jeune athlète. L’esprit de compétition n’est pas bon ou mauvais en soi. Ce sont les réactions à gagner ou perdre qui peuvent être négatives ou positives. Si votre enfant a une bonne maîtrise de soi, et qu’il demeure heureux et respectueux envers les autres, son désir de gagner est probablement sain.

Si toutefois il ne pense qu’à gagner non seulement dans son sport, mais aussi lors des jeux de société en famille ou lors d’un défi amical, vous risquez de voir des réactions moins intéressantes se produire. Ce pourrait être par exemple :

  • Tenter de contourner les règles pour arriver à ses fins (tricher!)
  • Décider de quitter la partie de manière prématurée afin d’éviter de faire face à une défaite imminente (abandonner!)
  • Utilisation de mots blessants envers les meneurs (intimider!)
  • Diminuer ses efforts et pratiquement donner la victoire à l’adversaire afin de se protéger de la douleur de la défaite. Il peut ainsi se justifier en se disant : Je n’ai pas réellement perdu puisque je n’ai pas vraiment essayé. (Phénomène connu sous le terme anglophone «Tanking»)     
Si vous voyez certaines de ces actions, demeurez vigilant afin de constater si ça se répète souvent. Si tel est le cas, n’ayez pas peur d’aborder le sujet avec votre enfant.

«Si vous voyez certaines de ces actions, demeurez vigilant afin de constater si ça se répète souvent. Si tel est le cas, n’ayez pas peur d’aborder le sujet avec votre enfant»

Par ailleurs, il faut comprendre que le désir de gagner et de se surpasser est à la base de l’ambition dans toutes les facettes de nos vies. Cet esprit compétitif peut souvent nous motiver dans notre engagement, nous aide à y mettre le travail et l’entraînement nécessaires à l’amélioration et le perfectionnement de soi.

Sans un minimum d’esprit de compétition envers soi-même et envers ses adversaires, l’enfant (et l’adulte) peut perdre cette flamme qui le motive à se surpasser. Par contre, ce désir de gagner peut devenir nocif si l’athlète est incapable de gérer ses déceptions, si le bien-être de l’athlète dépend de ses victoires, ou si le désir de gagner n’a que des sources externes au lieu d’internes.

Sources de motivation pour la victoire

Si l’enfant est motivé par la satisfaction d’un travail bien fait, par le sentiment que ses efforts portent fruit, par le travail d’équipe, par le dépassement de soi, ou par l’apprentissage et l’application de ce qu’il a appris, ses raisons de vouloir réussir sont plus internes et plus saines. C’est ce qu’on appelle la motivation intrinsèque. Si l’athlète demeure capable de se valoriser par ses efforts (autant que ses succès) ainsi que de se valoriser par d’autres choses que le sport, il maximisera ses chances de développer une bonne estime de soi, et espérons une bonne maîtrise de soi.

Toutefois, si l’athlète devient obsédé par la victoire, c’est possible qu’il ait développé ce désir basé sur des raisons externes comme :

  • L’envie de plaire ou la peur de déplaire
  • Le besoin de prouver sa valeur à certaines personnes
  • La pression de son entourage
  • Les bonnes performances d’un frère, soeur, ami ou coéquipier
  • Le besoin de bourses d’études ou l’intention de conserver une subvention
  • Etc.

On parle ici de motivation extrinsèque. Motivé seulement par une récompense extérieure, le jeune pourrait développer des frustrations ou de la colère face à ses défaites.

«Motivé seulement par une récompense extérieure, le jeune pourrait développer des frustrations ou de la colère face à ses défaites»

Et s’il se sent valorisé seulement par ses succès dans son sport, chaque défaite est un coup dur à son amour propre, et les émotions fortes entrent en jeu. Dans ces situations, il faut faire aussi attention pour que l’enfant ne s’identifie pas que par son sport. Si la seule chose qui nourrit son identité et son estime de soi est son succès dans son sport, il risque de développer une dépendance qui met son bien-être en danger.

Bien plus qu’un athlète ou un sportif

N’oubliez pas de rappeler à votre enfant qu’il est bien plus qu’un athlète, mais aussi un étudiant, un membre d’une famille, un ami appartenant à un groupe, etc. Ses réussites sont tout aussi valables dans les autres sphères de sa vie et déterminent tout autant qui il est comme individu. C’est pourquoi il est primordial de conserver du temps pour d’autres activités que le sport. Pour garder un peu d’équilibre et se découvrir d’une autre façon, votre enfant a besoin d’explorer par exemple les arts, la musique, l’entrepreneuriat, le bénévolat, une autre activité sportive (mais pratiquée de manière non structurée), etc. C’est bien de l’exposer à une activité où le fait d’être bon ou pas n’a aucune importance. C’est correct de faire une nouvelle activité simplement pour le plaisir d’expérimenter (et de réaliser du même coup que non, je ne peux pas être le meilleur dans tout!).       

Modèle de compétitivité : quel rôle joue le parent?

Votre enfant apprend de ses modèles, donc soyez conscient de votre propre compétitivité. N’oubliez pas que l’on vit avec cet esprit de compétition dans plusieurs facettes de notre vie : le jeu, le travail, le statut social, la famille/les amis, et envers soi-même. Si votre enfant devient très compétitif dans son sport, réfléchissez sur la compétitivité des membres de votre famille et des gens qui entourent votre enfant. Peut-être quelqu’un est très compétitif dans sa carrière ou avec ses collègues, un autre très compétitif avec sa famille ou dans la communauté. En se connaissant soi-même, on peut être plus conscient des valeurs que l’on transmet à nos enfants. Le point ici n’est pas de se juger soi-même, mais plutôt de comprendre comment on influence notre enfant.

Réfléchissez bien à la question suivante : Quel message est-ce que j’envoie à mon enfant à propos de l’importance de gagner? Sans être toujours faits de manière explicite ou consciente, les mots que vous utilisez et les gestes que vous posez ont des répercussions sur la perception qu’a votre enfant de la compétition et de la victoire. Ce n’est pas une cachette, vous jouez un rôle de premier plan dans les valeurs qu’adoptera votre enfant. Il vous regarde, il vous copie.

«Quel message est-ce que j'envoie à mon enfant à propos de l'importance de gagner?»

S’inspirer des sportifs élites

Outre vos agissements et vos paroles au quotidien, un bon truc pour éduquer votre jeune aux valeurs sportives fondamentales est de s’inspirer d’athlètes professionnels. Montrez-lui des extraits vidéo de sportifs élites qui sont capables d’être bons perdants, qui acceptent avec courage la défaite lorsqu’elle survient, qui font preuve de générosité et de respect face au brio de l’adversaire, qui gère bien la déception malgré un moment difficile ou qui canalise son énergie de la bonne manière. Si vous avez la chance de choisir un athlète que votre enfant apprécie déjà ou un athlète qui pratique le même sport, l’impact sera encore plus grand. En cherchant bien à travers la planète web ou dans des ouvrages comme des biographies et autobiographies de sportifs, vous découvrirez des histoires inspirantes et des exemples puissants.     

Vouloir gagner : une question de dosage

La ligne est mince entre vouloir gagner et TROP vouloir gagner. C’est à vous et à l’entraîneur de faire réaliser ce qui est acceptable ou non. C’est à vous de mettre les balises. J’en profite pour souligner qu’un désir ardent de gagner ne doit pas être proscrit à tout prix.  

Comme on s’en doute, ce ne sont pas tous les jeunes qui ont ça en eux. Or, tenter de créer ce désir chez certains athlètes pour qui c’est moins naturel est un réel défi. On ne peut pas vraiment forcer ça chez l’athlète. Il est généralement plus facile d’aider un athlète à doser sa soif de victoire et à canaliser cette énergie au bon endroit que d’instaurer une «rage de vaincre». En somme :

il ne faut pas chercher à tuer cet esprit compétitif, mais plutôt apprendre à le doser, à mieux s’en servir tout faisant preuve d’un bon esprit sportif et d’une bonne dose d’humilité dans la victoire comme dans la défaite.

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Vous aimeriez apprendre à mieux soutenir votre enfant durant son parcours sportif? Avec les compétences accumulées lors des dernières années, je serai capable de bien vous guider. Où que vous soyez dans le monde, n’hésitez pas à me contacter afin que l’on discute ensemble d’un plan de match gagnant.

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Catégories : Fixation d’objectif, Gestion des émotions, Parents, Préparation mentale

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